Vroum vroum

Le samedi matin au réveil, je sais que le confort –tout relatif- des backpackers est fini. C’est parti pour une longue session camping. Tant mieux, je ne vais plus me trimballer cette foutue tente pour rien.

C’est assez grisant de savoir que l’on part pour un road trip de plusieurs semaines. Liberté, envie de voir du pays, excitation et peur de l’inconnu, tout est un peu enchevêtré. Assis dans la voiture, j’ai la pêche et garde les yeux grands ouverts lorsque nous quittons Adélaïde. Une 4 voies en ligne droite bordée de plaines, 4 voies… ligne droite… plaines… les yeux… ouverts…

Oui, je me suis endormi comme une masse. Finie la pêche, au revoir les yeux grand ouverts. L’Australie c’est grand, et même si ce pays comporte une multitude de paysages, ces derniers ne changent généralement pas d’un coup d’un seul. Donc, parfois, quelquefois, souvent, je me suis endormi… Siège arrière, chaleur, monotonie du paysage, impossibilité de discussion avec les passagers de devant. Voila quelques raisons qui excusent ma facilité à me jeter dans les bras de Morphée pendant que nous avons roulé.

Car pour rouler, nous avons roulé. Après avoir quitté Adélaïde, nous avons pris au nord, vers le désert. Sur la route de l’Outback, nous avons traversé le parc national des Flinders Ranges, une grande chaîne de montagnes de l’Australie centrale. Nous en avons profité pour se faire une petite journée randonnée et atteindre le St Mary Peak, un des plus hauts sommets du parc. Nous l’avons pris un peu à la légère : prévue pour être faite en 9h, nous avons commencé la rando à 13h, alors que la nuit tombe vers 18h. Faites le calcul, il y a bien quelque chose qui cloche. Pensant que « la montagne je gère, c’est mon truc », j’ai d’autant plus déconné : je n’ai ni regardé l’itinéraire, ni la distance à parcourir, ni le dénivelé et suis parti à l’aventure avec une bouteille de 750 ml à moitié entamée… Bravo le veau… Et, cerise sur le gâteau, j’ai imposé un rythme de marche que je n’ai pas pu garder lorsque le sentier a vraiment commencé à devenir plus abrupt. C-c-c-c-c-c-c-combo ! Résultats des courses, je me suis trainé tant bien que mal au sommet, bon dernier et sur les rotules, aussi sec qu’un octogénaire en août 2003. La descente a été plus facile –et bien plus rapide-, mais nous avons tout de même fini la dernière demie heure dans le noir.

Le jour suivant, jour de mon anniversaire, nous avons progressé vers l’intérieur des terres en direction de l’Outback. Dans les Flinders Ranges, la végétation est encore bien présente. Plutôt de type méditerranéen, elle fait penser à la garigue de Pagnol, quelques eucalyptus en plus. Mais, en dépassant cette chaîne de montagne, le désert fait brusquement son apparition, prouvant à quel point l’Australie peut être une terre de contrastes saisissants. En effet, en quittant les Flinders, nous avons traversé un canyon encore verdoyant pour déboucher directement sur une piste poussiéreuse qui serpente au milieu de rien et qui ne mène visiblement nulle part. Drôle d’impression. Le changement est assez radical.

Quelques bleds incroyablement paumés, complètement hors du temps, du genre de ceux que l’on voit dans les films, jalonnent péniblement cette piste de terre, tout de même fréquentée. La vie y est terriblement rude, tant l’Outback est hostile. Les mouches y sont légion. Collantes, acharnées, presqu’agressives, elles se collent au dos et au visage, voulant se faufiler dans les oreilles, les narines ou les yeux. La poussière est également un sacré fléau. Elle s’infiltre partout, se soulève au moindre courant d’air ou passage de véhicule, se dépose, s’entasse, volette, s’avale, s’époussette, tourbillonne, se redépose… Pour finir le tableau, la chaleur est vraiment accablante : le soleil tape fort et l’ombre est rare.

Le soir, nous avons campé près d’une ancienne station de train –la piste suit l’ancien tracé du Ghan-, non loin d’un énorme lac salé. Au coucher du soleil, la sensation d’être perdu dans l’arrière cours du monde est forte. Oubliés et seuls. Une sensation assez particulière. Ajoutez à cela un feu, un magnifique dôme d’étoiles et un goon avec des bougies : voila une bonne recette pour un anniversaire inoubliable !

Au matin, petite –plutôt grosse en fait- frayeur : la voiture ne redémarre plus. Malgré quelques désagréments avec le système de refroidissement -nous devons nous arrêter régulièrement pour remettre de l’eau- elle n’a jamais posé de soucis. Mais la journée précédente a été rude, entre le canyon à rouler dans les cailloux et la piste poussiéreuse en plein cagnard, peut être avons-nous un véritablement problème. En fait, l’explication est très simple : la veille, nous avons laissé les phares allumés un peu trop longtemps afin de monter les tentes et cuisiner. La batterie est donc vidée.

Nous n’en sommes pas moins bloqués au milieu de Trifouillis-les-Oies. Toutefois, il y a un peu de passage sur cette piste et un 4×4 ne tarde pas à s’arrêter pour nous aider. Il s’agit d’une famille australienne en vadrouille au grand complet (parents, enfants, tante), dont le père nous a rapidement sorti du pétrin. Premier essai avec les câbles, sans succès. Il démonte alors sa propre batterie afin de remplacer la nôtre, démarre notre voiture, récupère sa batterie alors que la moteur tourne –je ne savais même pas que c’était possible-, et remet la notre en place. Le tour est joué. Tranquille quoi. Merci, fils caché de Mc Gyver. Nous ne savons vraiment pas comment le remercier. Sa femme nous propose alors de leur chanter une chanson en français. Quelle est la seule chanson que nous connaissons tous les 3 par cœur ? La Marseillaise, bien sûr. Et nous voici donc, à chanter notre hymne national en concert privé au beau milieu du désert pour une famille australienne. Qui a vraiment aimé. Applaudissement et tout. Il semble que notre hymne soit très apprécié, même mal chanté à capella et à l’arrache. En tout cas, la gentillesse et la serviabilité des australiens s’avèrent jusqu’à maintenant véritablement incroyables.

Nous avons donc pu continuer notre route dans le désert, priant tous les Saints des automobilistes, des moteurs et de la mécanique à chaque arrêt pour que la voiture redémarre normalement. Ce qu’elle a fait presque sans soucis. En fin d’après midi, nous sommes arrivés à Coober Pedy. En plein désert, cette petite ville est la capitale mondiale de l’opale. Tout autour de celle-ci, nous observons d’immenses machines de forage et de tri, des monticules de terre rouge et de gigantesques trous. Une ambiance lunaire, ou plutôt martienne se dégage de ce patelin. Les habitations, construites sous terre pour des questions de chaleur, renforcent cette idée. En arrivant au centre ville, ou plutôt, au milieu de la-seule-et-unique-grande-rue-du-bled, la voiture a eu un petit problème électrique. Nous nous sommes garés et avons attendu un peu avant de redémarrer, la batterie étant surement en cause. Nous avons alors pu sentir l’étrange atmosphère qui règne sur cette ville. De nombreux aborigènes attendent Dieu-sait-quoi dans les rues, regroupés sous les zones d’ombres que peuvent fournir les clôtures ou les murs des bâtiments. Cela transpire la pauvreté et la misère. Quelques uns, visiblement malades ou estropiés, boitillent jusqu’à nous pour nous mendier une clope et quelques pièces, d’autres sont complètement saouls et errent dans la ville. A côté de cela, d’énormes 4×4 rutilants et flambants neufs traversent le bled… Ambiance vraiment particulière…

Le lendemain matin, petit tour dans un musée au sujet de l’histoire des mineurs d’opales, passage chez le garagiste pour fixer le problème de batterie puis retour vers le sud, direction Port Augusta. Bye bye les mouches !

La suite arrive bientôt -j’espère-. Retour sur la côte, traversée de Nullarbor plain, golf dans le bush… Je vais essayer de trouver un peu de temps pour rattraper un peu le retard.

La faune des Flinders Ranges

 

Dans les Flinders Ranges

 

Marree, un des bleds qui se meurt dans le désert

 

Au bord du lac d'Eyre, un immense lac salé

Coucher de soleil dans le désert

En bleu, notre Sauveur

La poussière qui s'amasse partout

Cet article, publié dans Le voyage, Photos, est tagué , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

9 commentaires pour Vroum vroum

  1. Clairette dit :

    La Marseillaise???????!!!!ahahhaaaaaaaa (rire) la blague!!

  2. Stéph dit :

    « Pensant que « la montagne je gère, c’est mon truc », j’ai d’autant plus déconné : je n’ai ni regardé l’itinéraire, ni la distance à parcourir, ni le dénivelé et suis parti à l’aventure avec une bouteille de 750 ml à moitié entamée… Bravo le veau »

    Nan mais t’as vraiment rien appris en 2 ans de montagne !!! juste mdr gros noobie

  3. Morgane dit :

    Les randos à l’arrache, on connait que ça, Edouard et moi. Pourtant, j’en ai fait pas mal quand j’étais petite… à croire que quand les parents sont plus là pour préparer le sac à dos et nous bouger avant 11h du mat’ (ou 16h), c’est moins facile ^^

    Jolie, la grosse araignée ! J’aimerais pas la trouver à côté de mon matelas…

    • cdva dit :

      @ Steph : gnagnagna
      @ Morgane: On a trouvé une mygale légérement plus grosse dans la cuisine-laverie (voir post suivant) d’un camping, pas loin de nos sacs de bouffes. Drole d’impression

  4. Edouard dit :

    Moi, j’aurais chanté la « digue du cul »

  5. Seb Gastaud dit :

    « Pensant que « la montagne je gère, c’est mon truc », j’ai d’autant plus déconné : je n’ai ni regardé l’itinéraire, ni la distance à parcourir, ni le dénivelé et suis parti à l’aventure avec une bouteille de 750 ml à moitié entamée… Bravo le veau »

    >> Comment tu as osé ??

    En tout cas, je vois l’écrivain poindre en toi dans ce post. C’est bon ça !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s