Back to the city

Nous quittons Esperance avec une énorme gueule de bois. De marbre même. Direction Albany, doucement, sans trop de bruit, sans trop de secousses. Sur la route, pas mal de choses à voir. C’est parti pour une session tourisme ! Mais doucement, sans trop de bruit, sans trop de secousses…

Dans la matinée nous avons pris une route côtière battue par le vent, dévoilant des points de vue à couper le souffle sur des falaises de granit de plusieurs dizaines de mètres. C’est encore l’occasion de sentir minuscule face à la nature, la nausée en plus. Quelques photos plus tard –il faut bien vous rassasier -, nous reprenons la route.

Arrêt suivant, le Strokes National Park. Histoire de marcher un peu et de ne pas seulement passer une journée à s’endormir dans la voiture (le conducteur compris, *tousse et regarde ailleurs*)… Nous entamons la ballade, doucement, sans trop de bruit, sans trop de secousses… Le parc protège une énorme lagune reliée à l’Océan Austral par un petit bras de mer situé entre deux collines boisées. A marrée basse, l’on peut rejoindre le bras de mer à sec, un énorme banc de sable. Ce que nous avons fait, doucement, sans trop de bruit, sans trop de secousses. La vue y est assez particulière. Coincés entre les deux masses d’eau, l’une immobile, calme, idyllique, l’autre tonitruante, écrasante, rageante, nous avons décuvé dans un doux sentiment de spleen, nos visages battus par les embruns iodés d’un Océan en colère qui tente de rejoindre inlassablement le lac silencieux de la lagune afin d’y insuffler une pincée de chaos. Le soir, bien fatigués, nous n’avons pas fait long feu.

Le matin suivant nous atteignons Albany, 30 000 habitants, la plus grande ville que nous avons croisée depuis Adélaïde (Esperance : 13500, Ceduna : 2650, Coober pedy : 2000). Comme pour Esperance, nous nous disons que nous allons rencontrer d’autres backpackers, des jeunes qui voyagent, des gens comme nous quoi… Parce que la population dans les campings depuis Adélaïde s’est résumée à deux grands groupes : les familles avec jeunes enfants et le 3ème âge qui voyage avant la sénilité (ce n’est pas de moi, je l’ai vu sur van de retraité : « Travel before dementia » …). Et comme pour Esperance, Albany n’a pas non plus répondu à nos attentes… Le seul backpacker de la ville nous a semblé fermé. Et, au caravan park, nous n’avons croisé que 2 allemands en van faisant la même route que nous, mais dans le sens inverse. Bref, de la grosse ambiance. Malgré tout, cela a fait plaisir de discuter un peu, découvrir de nouvelles têtes, de nouvelles histoires…

Le soir, nous avons tout de même essayé de trouver la boite de nuit d’Albany. Pas que nous sommes des pochards –non, non, non- mais en fait, précédemment, plusieurs personnes sur Esperance nous en ont parlé de manière alléchante : il s’agit de la pire discothèque d’Australie. Du style classement officiel et tout. Nous ne pouvons donc pas manquer ça, c’est un crime de passer à côté. Malheureusement, après une véritable chasse au trésor dans les rues du bled, nous apprenons que la boite est fermée, puisque c’est dimanche… Un peu déçus, nous rentrons au caravan park en blaguant sur la possibilité de rester 1 nuit de plus pour la voir cette foutue boite… Des blagues quelquefois à moitié sérieuses… L’échec de la mission a eu au moins le mérite de nous avoir fait passer une bonne nuit de sommeil.

Le lendemain, frais et dispos, nous somme prêts à faire les « nombreuses activités touristiques » qu’Albany propose (dixit le dépliant du centre d’information). Première chose à voir, un point de vue au sommet de la colline surplombant la ville. Mmh, bon, et bien c’est joli, c’est vrai. Mais une fois le 360° effectué et quelques photos prises, cela ne sert pas à grand-chose de s’éterniser. Direction le musée du fortin de l’ancienne garnison. Arrivés sur le parking, un pseudo ranger (genre Doofy dans Scary Movie) nous accueille et nous annonce qu’il faut payer 25$ par personne. Il nous fournit une brochure avec ce que nous pouvons voir dans ce musée. Quelques obus en expo, 2 ou 3 canons, une tour de guet. Mmh, bon, et bien, « on réfléchi et on repasse monsieur ». On enchaine ! Direction le musée de la baleine. Albany est réputé pour être située non loin des zones de transit et de reproduction des baleines, que l’on peut observer à partir de juin (évidemment nous n’arrivons pas au bon moment…). A l’accueil du musée, nous apprenons qu’il faut raquer, hum, payer 30$ par personne pour voir 1 squelette de baleine et quelques salles sur l’histoire de la chasse, passer sur le pont d’un ancien baleinier et… c’est à peu tout… Mmh, bon bah le tourisme à Albany on va oublier… Et là, miracle de la nature, coup de pouce de la providence, un des gardiens du musée nous annonce que sur la plage en contrebas se passe un phénomène rare et inexpliqué. Sans vraiment comprendre ce que c’est, nous nous précipitons –c’est gratuit-. En effet, nous observons alors quelque chose d’assez peu commun : toute une tripatouillée de gros poissons exotiques vient s’échouer sur la plage, semble-t-il volontairement. Bon, c’est sur que ce n’est pas vraiment un miracle de la nature (ca sent plus le dérèglement du sens d’orientation de ces pauvres poissons), mais c’est un coup de pouce de la providence : nous avons vu quelque chose d’intéressant et d’inhabituel sur Albany et ce, gratuitement. Muahahahaha. Victoire !! VICTOIRE !!!

Après avoir pris des photos, tenter de remettre la poiscaille suicidaire encore en vie à l’eau (en vain) et jouer avec une ou deux carcasses nous décidons de bouger. Petit parc national, histoire de marcher un peu. Nous marchons jusqu’à la pointe d’un cap boisé, un énorme rocher battu par les vents. Encore un fois, nous nous sentons tout petits face à ce déferlement d’énergie. Nous poursuivons notre route jusqu’à Denmark. Comme à notre habitude lorsque nous arrivons dans une nouvelle ville, nous nous rendons au point d’information afin de savoir ce qui se passe, ce qu’il y a faire et où dormir. En général, les réceptionnistes des centres d’information débordent de bonne volonté, ou répètent machinalement le même discours en mode blazé. Qu’importe, le résultat est le même, nous obtenons toujours TOUS les lieux à voir dans le coin sans considération du temps que avons, de nos préférences et surtout, ils sont tous mis sur un pied d’égalité. Quand on a seulement un après midi, quel choix faire ? quel est le «must see» ? Pour le coup, la dame de ce point d’information a bien compris notre demande et a été incroyablement efficace. Elle nous a tout simplement planifié la suite de notre voyage en 2 temps, 3 mouvements.

« Ce soir, vous irez voir les Elephant Rocks, s’il y a qu’une seule chose à voir c’est bien ça. Ensuite vous dormirez dans ce camping, très bien placé et tout à fait charmant. Puis demain vous irez ici, visiterez la forêt des géants et en fin de soirée vous arriverez à Margaret River. »

« Hé bien, merci Madame »

Donc, étape suivante, les Elephant Rocks. Comme son nom peut le laisser supposer, il s’agit de roches ayant la forme d’éléphants, le tout en bord de mer. Le coucher de soleil a rajouté une petite touche de magie à ce lieu déjà magnifique. Très sympa. Le camping conseillé a parfaitement rempli son office et le lendemain, nous voilà sur la route de la forêt des géants : une forêt d’eucalyptus géants qui prospèrent grâce à un micro climat particulier. Bien que, depuis un petit moment, la région a commencé à être plus verdoyante -prairies, petits bosquets, bush non cramé par le soleil-, l’apparition de cette forêt humide, dense et très haute (la canopée atteint les 50 mètres) est assez surprenante. Dépaysement garanti. Une visite guidée au niveau du sol, une ballade sur des passerelles qui serpentent en haut des cimes et nous enchaînons sur le parc national suivant. La route serpente dans la forêt, c’est véritablement agréable car cela change des décors très secs, aux tons jaunes ou orange. Le parc est réputé pour une installation implémentée sur un eucalyptus géant : des barreaux métalliques formant une échelle qui permet d’atteindre une cabane posée sur le sommet de l’arbre, 50 mètres plus haut. Un peu comme une via ferrata, mais sans aucun dispositif de sécurité… Arnie est monté en haut sans trop de problème, Jon est resté en bas et je suis arrivé au 2/3 avant de craquer et de redescendre. Oui, je sais c’est nul, mais hé ho, aucune mesure de sécurité, des barreaux espacés de bien 50/60 cm qui penchent dangereusement lorsqu’on s’y appuie, un peu de fatigue, à plus de 30 mètres du sol ça refroidit… Votre serviteur a beau être courageux (et encore…), il n’est pas téméraire. Et puis Arnie a pris des photos au sommet… alors j’loupe rien hein…

Toujours dans le parc, nous avons partagé notre déjeuner avec des perroquets pas craintifs pour un sou avant de rouler jusqu’à Margaret River pour y passer la nuit. C’est dans cette ville que nous avons senti la proximité de Perth (il y a quelques centaines de bornes, même pas une journée de route). Le road trip touche à sans fin. Depuis presque 3 semaines, nous avons été ensemble, dans une voiture à la fois bulle, bouclier, maison et outil de liberté. La situation est établie, le rythme en place, les automatismes fonctionnent. D’ici un jour, ça sera Perth. Tout cela va voler en éclat, les équilibres vont changer, le groupe se dissoudre. Encore un chapitre qui se clôt. Une nouvelle étape assez flippante se profile : une ville de plus d’un million et demi d’habitants après un road trip de 20 jours –autant dire une vie- en semi autarcie. La peur de la nouveauté et du changement, la fin d’un gros délire rempli de rires, de paysages, de randos, de plâts de pâtes cuisinés dans les cuisines des caravan parks n’ont pas fait de cette nuit la meilleure de toutes.

Le lendemain, afin de retarder un peu l’arrivée sur Perth, nous cherchons un parcours de golf sur la route. Dans le premier, nous nous faisons refouler comme des malpropres. Il faut dire que nous n’avons pas le look golfeur haut standing, et que ce golf club est très «high society». Dans le second par contre, un golf un peu plus familial et convivial, nous sommes accueillis à bras ouverts. C’est parti pour un match effréné, rempli de pression, où la victoire s’est décidée aux derniers coups du dernier trou. Le tout sous les regards des kangourous qui squattent les bosquets autours des parcours à la recherche d’ombre.

Malgré ce subterfuge, nous nous rapprochons de Perth très rapidement et atteignons sa banlieue en fin d’après midi. Le thermomètre a gagné quelques degrés, le ciel est bleu sans aucun nuage, au moins nous avons du beau temps. Nous décidons de fêter la fin du road trip en passant une dernière soirée ensemble à Fremantle, le port de plaisance de Perth (le Juan-les-pins d’Antibes, ou le Glenelg d’Adélaïde, pour ceux qui suivent). Une soirée très arrosée, et très mouvementée comparée aux 20 dernières…

Au matin, nous voila donc sur Perth, le mal de crâne en cadeau, prêts à conquérir la ville !

PS: un post photos arrivera sous peu, restez à l’affût.

Gueule de bois & paysages

 

Panorama depuis le banc de sable du parc de Strokes (cliquez pour agrandir)

Un vrai D-day, mais moins efficace

 

La forêt des géants

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4 commentaires pour Back to the city

  1. Stéph dit :

    Alors les donzelles, y’a que Arnie qui a les ****** bien accrochées ?

    edit de cdva : et la politesse, bordel de merde?

  2. Manon dit :

    Aah ! Je l’attendais ce  » l’on  » que tu projetais de caser partout lorsque tu te mettrais à écrire !

    • cdva dit :

      A vrai dire, il y en a eu quelques uns avant ^^.
      En fait, en regardant les règles du l’on / on, l’on se rend compte (muahahaha), que l’on peut le mettre très très souvent (re muahahaha).
      J’évite tout de même d’en abuser 🙂 .

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