Et voguent les galères ! (Partie 1 : Renard chenapan)

 Nous voici donc chargés comme mules de bâts à traverser une mégalopole d’ouest en est, et du sud au nord. Changement de trains, correspondance des bus, déchiffrage des horaires, questions pour les arrêts, cavale par ici, cavale par là.

Nous arrivons finalement en début d’après midi à Bullsbrook, dernière « ville » desservie par le réseau de transport de Perth. « Ville », car Bullsbrook, c’est plutôt quelques pavillons de banlieue, 3 magasins, un motel, un bar et un bottle shop le long de l’autoroute. Toute manière, nous ne comptons pas y passer la nuit : c’est parti pour une session auto stop. Nous faisons les choses bien : petit panneau, position non loin d’une zone où les voitures peuvent s’arrêter, petit recoiffage et sourire vendeur-d’encyclopédies-au-porte-à-porte.

L’après midi a été long. A part des coups de klaxons, des gestes de la main incompréhensibles (entre le «dégagez» et le «z’êtes pas sur le bon côté de la route») ou quelques rires moqueurs, nous n’avons pas eu beaucoup d’interactions avec les conducteurs. Même après avoir changé d’endroit et mis en retrait nos sacs… Et voila que le soir commence doucettement à arriver. Bon bein, on va la passer notre nuit à Bullsbrook…

Renseignements pris auprès d’un retraité au bar, non les gens ne prennent pas les autostoppeurs dans le coin, oui il y a un caravan park mais à 7 bornes au sud, oui c’est interdit de poser une tente sur les prairies alentours et les habitants le dénoncent aux rangers, oui le prix du motel est un peu cher, dans les 150 $. Super le bled.

Après une petite réflexion sur le fait de rejoindre le caravan park, nous décidons de planter la tente dans un petit bosquet à la sortie de la ville. Parce que pour l’atteindre ce caravan park, c’est 7 kilomètres à pied avec notre barda, le long d’une autoroute sans trottoir, en pleine nuit, sans aucune lumière. Jouer à la roulette russe avec un barillet à moitié plein serait moins dangereux. Nous nous planquons donc derrière quelques arbres, montons la tente et nous préparons à aller nous coucher. Au moment de rentrer dans la tente, j’aperçois à la lumière de ma frontale deux petites billes jaunes brillante à une dizaine de mètres.

« Regarde Jonjon, y’a un chat »

« C’est gros pour un chat quand même »

« Uai c’est vrai… ‘Tin, c’est un renard ! »

Voila pas que la bestiole se rapproche à pas feutrés, tranquillement mais surement. Un peu étonnés, et ne sachant pas trop quoi faire, nous ne faisons pas de bruit et la laissons se ramener. Une fois arrivé à 2 mètre de la tente, nous nous rendons compte que l’on a un problème.

 Nous d’un côté de la tente, le renard de l’autre, nous effectuons une espèce de valse autant comique qu’absurde : nous tournons sur la même cadence que le goupil pour toujours garder la tente entre lui et nous. Nous avons beau ramasser des bouts de bois, faire du bruit avec en tapant, allumer nos briquets, faire des pshhh pshhhi, rien n’y fait. Ce foutu renard est une vraie racaille pas apeurée du tout par les deux bonhommes d’un mètre quatre vingt en face de lui. Je peux désormais dire que je me suis fait mentaliser par un renard…

Après un petit moment de cette danse ridicule, ma tente se casse la gueule et le renard commence à s’éloigner. Je réalise alors que cette satanée bête (je reste ultra poli là) a sectionné la corde qui soutient la tente, en emportant avec lui une bonne moitié et le piquet au bout. Après la mentalisation, le pillage. Le renard du ghetto.

Je pète un peu mon câble, démonte la tente et range les affaires ne voulant pas passer la nuit dans le bosquet au renard fou (pour peu que dans la nuit, il revienne bousiller la tente encore une fois… non merci). Il ne nous reste alors plus beaucoup de solutions pour dormir : l’aire de repos pour automobilistes au bord de l’autoroute est le dernier spot. Pas question de dormir avec toute ma vie sur un banc en plein milieu de l’aire de repos, c’est un peu craignos et puis il va faire froid. Pas le choix, nous nous callons dans les toilettes…

Finalement, excepté que le fait de dormir dans les chiottes d’une aire de repos ne soit pas bien reluisant, la solution n’est pas mauvaise. Quatre murs, un toit, une porte qui ferme à clé, 5m², un robinet d’eau à portée… Non, en fait, non, cela a quand même été une nuit toute pourrie. Mais alors toute, toute pourrie. Il a fait froid, nous avons dormi tordus, réveillés par chaque voiture qui passe et par le type qui est venu uriner dans les toilettes d’à côté à 2h du mat’ (nous avons choisi les toilettes femmes, et nous avons bien fait). Au matin, nous n’en menons pas large et sommes un peu détruit psychologiquement. Nous finissons la nuit sur l’aire de repos en attendant le bus qui nous ramènera à Perth. L’envie de faire du stop n’y est plus. Et la motive non plus. Tant pis pour Gingin. Changement de plan.

Nous nous décidons donc à revenir sur Perth,  pour prendre un bus qui nous conduira sur Carnarvon, 1000 bornes au nord. C’est un pari risqué niveau financier – plus de 150 $ le billet alors que les comptes ne volent pas bien haut-, mais Carnarvon est une ville assez importante comparé à Gingin (6000 habitants contre 500). La ville est réputée pour produire pas mal de fruits exotiques (bananes, mangues…) en raison de son climat tropical. Les plantations y sont donc plus importantes, et le taf plus abondant. De plus, selon le Harvest Guide, la saison des tomates devrait commencer sous peu… Nouvel Eldorado, nouveaux objectifs, nouvelle motivation.

Le retour sur Perth a été réalisé dans l’anonymat le plus complet. Nous n’avons informé  personne, excepté Arnie que nous avons revu dans la soirée (et qui a adoré l’anecdote, vous vous en doutez). Forcement, après avoir vanté à tous les gens de notre backpack que l’aventure c’est cool, que le taf dans les champs c’est plus rentable et j’en passe (après avoir vendu du rêve en fait), revenir et dire que l’on a passé la nuit comme deux gros clodos dans les chiottes d’un bled paumé, c’est pas bien rutilant. Nous avons donc pris une nuit en backpack pas loin de la gare des bus. Le départ étant à 6h30 du mat’ (l’arrivée à 22h30…).  

Le matin, réveil à 5h30. La tête dans le postérieur, j’évite de faire du bruit dans le dortoir pour ne réveiller personne et tente un saut de mon lit superposé en mode ninja. Mais des ninjas de 1 m 85 et de 90 kilos, il n’en court pas les rues et je comprends pourquoi. Je ne sais pas comment je me débrouille mais je me fais mal à l’orteil en arrivant sur le sol. Dans le noir je rassemble mes affaires et sort de la piaule. Dans le couloir, je me dis que mon orteil me fait quand même vachement mal. J’enlève ma chaussette pour jeter un œil et découvre mon pied en sang. Génial, je viens de me scalper en beauté la peau du gros orteil. C’est moche, ça pendouille, ça saigne que dis-je ça pisse le sang, ça lance, ça fait ultra mal. J’arrive à me faire un bandage, mais je boite comme un vieux pirate en fin de vie. C’est donc clopin-clopant et en serrant les dents que je me traine jusqu’au bus…

Quand la scoumoune vous chope, il faut croire qu’elle aime s’acharner un peu avant de vous laisser tranquille. Et pour s’acharner, j’ai l’impression qu’elle s’est acharnée. Notre début de séjour sur Carnarvon n’a pas été de tout repos.

 Mais ça, c’est pour le prochain post…

La suite bientôt !

 

La tentative d'autostop à Bullsbrook.

 

Au fond, notre chambre 4 étoiles, son jardin et son autoroute.

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Un commentaire pour Et voguent les galères ! (Partie 1 : Renard chenapan)

  1. Stéph dit :

    OMFG, génial, j’ai beaucoup ri !

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