10 jours à Bali

Dans l’avion, somnolent, je ne me rends pas vraiment encore compte que je suis en train de changer de pays, que je quitte l’Australie pour atterrir en Indonésie. Je suis aussi cotonneux que les nuages derrière le hublot. Il fait encore nuit, le soleil tente péniblement de s’imposer, de se détacher de l’horizon, le fait d’être en train de voler vers l’ouest ne facilite pas sa tâche.

Après un temps de vol difficile à déterminer à cause de mon état semi-comateux, l’avion amorce alors son atterrissage, s’inclinant pour s’aligner avec la piste. C’est en voyant la ville s’étaler à nos pieds que j’entrouvre les yeux et réalise alors que cela va être dépaysant, que l’on arrive en territoire inconnu. L’architecture, l’omniprésence de la jungle, même à première vue, ce ne sont pas de petits changements ; cela me réveille, me motive : à nous Bali !

Premier contact avec l’Indonésie : l’aéroport d’arrivée et dans celui -ci, la douane pour effectuer le visa d’entrée. L’aéroport ressemble à un bâtiment communiste, construit trop grand, trop large, trop majestueux -mais qui dépérit faute de moyen pour l’entretenir-, lequel aurait été bariolé d’une multitude d’éléments d’architecture asiatique. L’ambiance est… particulière. Les couloirs sont larges et déserts, aux couleurs délavées, remplis d’affiches « Welcome to Bali » dessinées à la mode des années 60/70. Nous passons devant plusieurs cours intérieures abandonnées où les plantes sont mortes depuis belle lurette, où la mousse à remplacé l’eau dans les bassins et les fontaines.

Les douaniers, sont à l’image du bâtiment qui les abrite : leurs uniformes sont un poil trop pompeux, remplis de fioritures, et ils prennent leur rôle très au sérieux, genre je te fixe et te fais mon-super-regard-de-la-mort-qui-va-percer-tous-tes-secrets (et ils sont bariolés d’une multitude d’élé… hum, pardon). Cependant, la supercherie ne tient pas longtemps, au même titre que l’aéroport, leurs tenues tombent un peu en ruine, leurs épaulettes et leur décorations militaires sont usées, élimées. Ils ne cherchent pas vraiment à chercher des noises, le fait d’être un petit blanc européen suffit largement pour rentrer à Bali, parce qu’on est plein de sous.

Car l’argent, parlons-en ! Avant de sortir de l’aéroport, nous faisons « un peu » de change. Deux cents dollars, convertis en 1 million huit cent milles roupies (1 AUD vaut environ 9000 roupies). Beaucoup de billets. La roupie indonésienne n’est pas la monnaie ayant le plus fort cours… J’ai eu l’impression de jouer à un Monopoly géant pendant ce séjour, en payant à coup de 50 000 ou de 100 000.

Nous sortons finalement et, sur le parvis, nous cherchons un taxi. Nous découvrons alors une activité, que dis-je un sport, que nous allons pratiquer pendant tout notre séjour sur Bali : la négociation des prix. C’est bien simple, les prix de tous les services proposés (taxis, guides, activités…) sont discutables, souvent pour la moitié de leur prix d’origine. A peine sortis, nous nous faisons accoster par des chauffeurs. Prévenus de ce détail, nous ne nous faisons pas trop arnaquer. Direction Kuta, la grande ville du Sud de l’ile, non loin de l’aéroport.

Dans le taxi, nous découvrons la circulation balinaise. Bouchonnée, énervée, nerveuse, notre chauffeur frôle, double, klaxonne sans vergogne. Il y a eu quelques moments pendant lesquels nous avons serré les fesses en échangeant un regard semi-amusé, semi-apeuré…

C’est au centre de Kuta que nous sommes déposés. C’est la fin de la matinée et la chaleur commence à se faire sentir. Nous nous dirigeons directement dans un hôtel pour y poser les sacs. Notre choix se porte sur quelque chose d’assez luxueux, choix orienté par une bonne grosse envie de se faire plaisir après les mois à vivre en tente ou à l’arrache (le bush, les vietnamiens…). Chambre tout confort, clim, p’tit déj’, piscine, cours intérieure au calme, bref, un bon hôtel. Pour le prix d’un mauvais backpack. Que c’est bon. Nous posons les sacs et repartons sans attendre à la découverte de la ville.

Le quartier touristique de Kuta est constituée de deux grandes rues parallèles, l’une longe le bord de mer, l’autre est l’axe principal de la ville. Ces deux avenues sont bondées : piétons, véhicules -surtout scooters-, la circulation est incessante. Entre les deux, des dédalles de ruelles étroites. Tortueuses et labyrinthiques, ces venelles sont aussi peuplées que les grands axes. Les piétons font place aux scooters et aux voitures -qui passent à peine-, sous des coups de klaxons brusques, limite agressifs. Le long des trottoirs, les petites échoppes de souvenirs, de fringues, de bibelots, de massages et les restaurants essaient de se faire la part belle pour attirer le chaland.

C’est-à-dire le touriste blanc.

C’est-à-dire les porte-monnaie sur pattes…

Le racolage est de rigueur, chaque commerçant vous parle, du simple bonjour à l’invitation insistante d’acheter un truc. Certains sont assez collants, voire carrément relou. Au début, nous avons répondu à chaque demande, chaque bonjour, déclinant poliment et patiemment. Nous nous sommes même un peu indignés de la manière dont les vacanciers australiens, nombreux sur l’ile, répondent avec dédain ou ignorent carrément les locaux. Mais je dois avouer qu’à force de devoir répondre négativement à la chaine à tous les vendeurs d’une rue, l’on commence un peu à perdre patience. Je viens de dire « non merci » poliment à la proposition de transport d’un type que celui d’à côté, à peine à quoi, 50 cm du premier, me propose la même chose. Et rebelote avec le type suivant… Ca joue un peu sur les nerfs à la longue.

Toute l’après midi, nous avons donc erré dans ces dédalles de rues, complètement dépaysés. L’ambiance fait un peu Ibiza, la ville est clairement tournée vers le tourisme et la fête. Sur la rue principale, les restaurants, les bars, les boites de nuits et les discothèques de plusieurs étages se succèdent, toujours plus grands, toujours plus bruyants. Mais il reste énormément d’éléments typiques possédant une architecture caractéristique, fourmillant de détails : autels, temples, vieux bâtiments…

Quant la faim s’est fait sentir, un petit restaurant, le premier d’une longue série. A Bali, les superettes n’ont vraiment que la nourriture d’appoint (noodles, chips…), et les restaurants sont très abordables (3 à 5 dollars le plat…). Autant dire que l’on s’est bien fait plaisir pendant tout notre séjour : nous n’avons mangé qu’au restaurant. La belle vie quoi.

Le soir, bien motivés à découvrir la vie nocturne de Kuta, nous prenons un « petit » apéro à la Bintang, bière indonésienne et à l’Arak, un alcool de riz balinais. Et zou, c’est parti pour les discothèques à étages, pour le bruit, les lumières, l’animation, la vie. La soirée qui en a découlée a été mémorable, elle fera certainement l’objet d’un post à part*. Séparé de Jon, j’ai passé la nuit à découvrir cet univers qui m’est relativement étranger. Plus spectateur qu’acteur, j’ai apprécié ce retour – un peu violent certes- à la civilisation. Bizarrement, sur le chemin de retour de l’hôtel (le coup dans le nez aidant certainement), les petites ruelles m’ont semblées déjà très familières. Ce sentiment s’est accentué les jours suivants. C’est étrange comme il est facile de s’adapter à un nouvel environnement, pourtant si différent. On a rapidement ses repères, ses restos, son quartier…

Nous avons passé 3 ou 4 jours sur Kuta, tous basés sur le même modèle : glandage le matin, visite l’aprèm, sortie le soir. Même si cela été un vrai bonheur de ne rien faire, d’être contre-productifs au possible après la session boulot, nous avons réalisé qu’au niveau culturel, nous n’avons pas fait beaucoup d’efforts. Alors que Bali possède une histoire riche, bien conservée et mise en avant au travers des temples, des danses, de l’art, et que la pauvreté historique de l’Australie nous désespère toujours un peu plus à chaque nouvelle ville…

Nous décidons donc de bouger sur Ubud, située un peu plus dans les terres. Considérée comme la capitale culturelle de l’ile, cette ville est située au beau milieu de la jungle. Nous avons d’ailleurs pu apprécier sur la route des paysages saisissants. Rizières en terrasses émergeant de la rainforest, vallée abrupte au fond de laquelle coule un torrent déchainé, à peine visible à cause de la végétation dense… Voilà la véritable idée que l’on se fait des tropiques, il fait chaud, moite, la jungle s’étale partout, les oiseaux braillent sans arrêt. Nous sommes bien loin de Darwin et de son bush brûlé, aux tons jaune et marron, vide de vie et de sens.

Touristique, mais moins bling-bling que Kuta, Ubud est n’est pas trop étendue. Les deux grands axes de la ville fourmillent tout de même de touristes et le trafic y est identique à celui de Kuta. Moins matinée d’influence occidentale, un côté très authentique se dégage. Malheureusement, nous notons pas mal de bâtiments en construction, la ville semble s’agrandir, se moderniser. Au détour d’un croisement, à l’angle d’un axe majeur de circulation, l’on peut toujours trouver de petites ruelles paisibles qui semblent encore inaltérées par la folie urbaine qui règne alentours**. Les cafés et les restaurants proposent des ambiances plus lounges, plus discrètes qu’à Kuta. Les boutiques de souvenirs, de gadgets et de fringues que nous sommes habitués à voir ont fait place à des galeries d’art et des magasins d’artisans : l’on travaille ici le bois, le métal ; la peinture n’est pas en reste non plus. Logés dans une chambre d’hôte dont le confort n’a finalement rien à envier à l’hôtel que nous avons fréquenté, nous avons vraiment apprécié notre passage sur Ubud.

Côté activités, nous avons été servis. En centre ville, coincé dans la vieille ville et ses petites ruelles, se trouve un grand marché ou les artisans vendent leurs créations et les paysans leurs récoltes. Il fait bon d’y flâner et d’y apprécier les étals : mélanges de couleurs, de formes et de senteurs. Non loin, il y a l’Ubud Monkey Forest, une forêt aux arbres centenaires, immenses, qui abrite des dizaines de macaques en liberté. Habitués à la présence de l’homme, l’on peut approcher ces singes de vraiment près. Nous n’avons cependant pas trop poussé le vice, aux vues d’autres touristes tentant de les nourrir et qui finissent à moitié agressés par une petite horde…

Nous avons également effectué une visite guidée permettant de découvrir les temples de la région. Nous avons dû en faire une petite demi-douzaine dans la journée, certains plus emblématiques que d’autres. Quelques fois situés dans des endroits improbables (fond de vallée, à flanc de montagne…), les temples balinais sont souvent entourés de jardins aménagés qui s’ouvrent sur la jungle environnante. Les statues, les bâtiments, les éléments de décoration fourmillent de détails finement ciselés. Certaines sculptures sont à couper le souffle. Cela fait vraiment du bien de sentir le poids des âges et de l’histoire, de toucher du doigt des traditions pluri-centenaires.

Entre deux visites de temples, petit arrêt dans une des nombreuses échoppes où l’on produit du café, du thé et du chocolat. Entourée d’un jardin d’épices que l’on nous a fait visiter, le lieu est un petit havre de paix au milieu de la jungle. Nous y avons profité d’une dégustation de différents thés, cafés et chocolats. Les thés étaient très bon, mais j’ai surtout bloqué sur le chocolat, je pense d’ailleurs n’avoir que très rarement mangé du chocolat aussi bon. Celui à l’orange était tout simplement divin. Ils nous ont bien eu les saligauds, nous avons craqué et avons acheté une tablette. Nous avons aussi testé un café bien particulier, le Kopi Luiwak. Il parait que c’est l’un des meilleurs cafés du monde, et l’un des plus chers. Le processus de fabrication est en effet peu commun. Prenez un animal bizarre entre la belette et mangouste, nourrissez la de grains de café, récupérez lesdits grains dans ses excréments, triez et torréfiez. Honnêtement, je ne l’ai pas trouvé si terrible que ça, ce café. Il y a une sorte d’arrière goût, un quelque chose d’un peu acre sur le palais, arôme lointain mais tenace. Oui, allez, je le lâche, y’a peut être comme un petit goût de merde… Mais je ne suis pas connaisseur, loin de là, mon avis n’est certainement pas le meilleur pour décider de la qualité d’un café…

Au niveau des paysages, cette visite nous a permis d’admirer le volcan Batur, au pied duquel se trouve le lac du même nom. Les rizières en terrasses, découpant la jungle et la végétation dense alentours, ont également été au programme. Le soir fourbus mais encore émerveillés, nous nous disons que cela valait bien le coup de bouger sur Ubud et de se motiver un peu.

Nous prévoyons d’ailleurs pour le lendemain une autre sortie, un peu plus sport : une descente en rafting. Notre voisine de chambre, Maja, une danoise sympa, motivée et courageuse –elle fait le tour du monde seule, la bougresse-, est aussi intéressée par le rafting et nous accompagne. Remercions-la, car détentrice d’un appareil photo waterproof, c’est grâce à elle que nous avons des photos de cette session.

Bien que notre guide soit un adepte du « boum boum », c’est-à-dire faire rentrer le raft dans tous les éléments possibles du décor en criant boum boum, notre descente a été très agréable et agrémentée de petits moments plein de sensations. Les paysages ont vraiment été magnifiques. La rivière serpente au milieu de la jungle, surplombée par des falaises où se nichent de minces bandes de rizières. De nombreuses cascades rejoignent le torrent et créent pour le coup des scènes magiques, dignes de figurer sur des cartes postales. Le périple s’est terminé sur un saut de 3 ou 4 mètres assez sympa. Puis, il a fallu se taper la montée de centaines de marches abruptes afin rejoindre le parking situé au sommet d’un des flancs de la vallée. Cela m’a rappelé ce jeu télévisé de mon enfance, où les candidats devaient se taper un escalier du même type avant de devoir choisir une statuette parmi celle proposées***.

Finalement, nous arrivons à la fin de notre séjour, les 10 jours ont filé à vitesse grand V. Le retour sur Kuta pour la dernière soirée, l’aéroport, tout s’est passé rapidement.

De retour sur Darwin, nous ne quittons par l’aéroport et enchainons directement sur un vol pour Cairns, déjà réservé. Nous pouvons apprécier au passage un magnifique orage, représentatif de la saison humide et rigolons sur le fait que nous avons bien fait de nous casser vite fait bien fait du Top End.

Arrivés sur Cairns, nous prenons un petit week-end dans un backpacker  et prévoyons de bosser (déjà…), car ces petites vacances hors Australie nous ont bien plombé le porte-monnaie. Mais ça valait le coup ! Au backpacker, nous rencontrons 3 françaises bien sympas avec qui nous sympathisons rapidement. Bien qu’elles repartent vers Sydney dans les prochains jours, et nous sur Mareeba (une petite ville agricole proche de Cairns, conseillée par des amis), nous les reverrons pendant la suite de notre voyage.

Le lundi, nous voici dans le bus, direction Mareeba, pour repartir sur une session boulot. Nous ne le savons pas encore –et ne nous y attendons pas-, mais nous allons faire partie d’une petite famille, et vivre une des meilleures sessions de notre voyage…

La suite bientôt !

* Vu le retard que je me paie, ce « post à part » n’arrivera pas avant un petit moment, je le sais, vous le savez. Mais je le ferai. Non mais.

** Et ouai, je l’ai placée cette pré-citation. La classe, nan ? A vrai dire j’ai failli l’oublier…

*** Jeu Concours n°3 ! Les plus rapides à me mailler le nom de ce jeu télévisé auront le droit à leur carte postale de Tasmanie (cdva@hotmail.fr).

PS : Le prochain post sera certainement un autre post photo de Bali, car j’ai encore pas mal de stock, la preuve :

Un des temples balinais

Un des temples balinais (2)

 

 

Session rafting

 

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3 commentaires pour 10 jours à Bali

  1. Bob dit :

    La piste de Xapatan !!! J’espère ne pas répondre trop tard mais je pensais que tu avais abandonné tes posts. A force de venir voir et de ne rien voir de neuf. Encore une fois, le saint françois n’a pas bougé. Laure me fait dire que nicolepetitsinge a perdu son mot de passe et demande des nouvelles de mario. Tu ne devrais pas tarder à passer dans le coin – malheureusement pour toi (mais je te passerai le trône de fer pour te faire oublier les voyages et tout le reste). Début ou fin de mois ? Profitez bien de ces dernières semaines avec Jon.
    Bob

    • cdva dit :

      Je n’ai point abandonné le blog, disons seulement qu’il est vraiment au ralenti.
      Depuis le départ de Mareeba, j’ai véritablement peiné à trouver du temps de libre et un endroit pour écrire.
      J’ai terminé le dernier post sur le ferry pour la Tasmanie et depuis je n’ai pas eu une seconde…
      Je verrai si je trouve un peu de temps quand je serai sur Sydney.
      Nous nous verrons fin février/début mars normalement, je te tiendrai au courant.
      Mario est au fond de mon sac, un peu oublié, puisque nicolepetitsinge n’a jamais donné signe de vie…
      Sinon tout roule, la Tasmanie c’est d’la balle 🙂
      A très bientôt !

      PS : bravo la réponse! Tu auras ta carte de Tasmanie (peut être donnée en main propre…)

  2. __Morgane__ dit :

    Merci pour ces jolies photos et ce récit qui nous fait voyager jusqu’à Bali.
    La date du retour s’approche… Ca doit vous faire bizarre, mais pas d’inquiétude, nous saurons vous consoler avec quelques pintes à La Paillotte (par exemple) !
    Des bisous (encore un peu enneigés) à vous.

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