Sweet Home, Mareeba !

Pour rejoindre Mareeba depuis Cairns, le bus doit franchir une petite chaine montagneuse couverte de forêt tropicale. Derrière la vitre, musique dans les oreilles et souvenirs de Bali pleins la tête, je regarde défiler cette route sinueuse qui se faufile, serpente dans la végétation luxuriante. J’appréhende un peu -pour ne pas dire beaucoup-, nos sessions de recherche de boulot n’ayant jamais été de tout repos depuis la Barossa Valley…

Avant que le bus nous dépose, nous pouvons constater que nous nous retrouvons encore perdus dans une ville bien « countryside ». Mareeba, entourée de champs et de forêts, ne déroge pas à la règle de la petite ville australienne. Une rue, le long de la laquelle s’alignent tous les magasins et puis, c’est à peu près tout, en fait.

Première mission, comme d’hab’, trouver un hébergement. Nous réalisons qu’à chaque fois, nous partons à l’aventure sans une once de préparation : faire quelques recherches sur un endroit où dormir avant de partir de Cairns eut été tout de même plus efficace que de se retrouver au beau milieu d’une ville inconnue, les sacs sur le dos, ne sachant pas trop de quel côté partir.

Un bout de papier collé à l’arrêt de bus sur lequel est écrit sommairement « backpacker accomodation : call Neil » retient notre attention. Un coup de fil plus tard, le fameux Neil vient nous chercher. Il nous explique qu’il n’y a pas de backpacker à Mareeba et qu’il est le seul à en posséder un. Ses prix sont plutôt raisonnables, nous acceptons sans vraiment chercher plus loin. Seul bémol nous annonce-t-il, son backpacker est situé hors de la ville, au milieu des champs. Cela ne dérange pas tant que ça. Notre objectif étant de trouver un boulot, les démarches auprès des fermiers n’en seront que plus faciles pour nous, pauvres pédestres. Il nous conseille tout de même de passer à l’agence d’intérim de la ville avant de partir. Nous nous inscrivons, sans trop y croire aux vues de nos expériences passées.

Le backpacker dans lequel nous arrivons n’en est pas vraiment un. En fait, nous hallucinons un peu. Neil possède 2 villas : la plus petite est aménagée en backpack, et il habite dans la plus grande. Entre les deux, terrain de tennis, de basket, piscine autours de laquelle se trouvent plusieurs appareils de musculation, jardin aménagé… Un vrai petit resort. En plus de ça, excepté un allemand carrément sympa, nous sommes les seuls occupants de l’endroit.

Nous avons profité de la semaine comme d’une petite session de vacances supplémentaires, un retour à l’Australie en douceur après Bali. Balades dans les gorges proches, où nous avons pu approcher des wallabies nains, matchs de tennis ou de basket, visionnage de pas mal de films « old school » grâce à la super collection de VHS du backpack… Mais nous n’avons pas fait que glander, quand même, c’est mal nous connaitre.

Notre première mission a été de trouver du boulot. Après plusieurs tours en vélo dans les fermes environnantes, plusieurs rencontres et plusieurs coups de fils aux fermiers du coin nous apprenons, à notre grand dam, que les saisons des mangues, des litchis et des avocats -les fruits dominants de la région- ne sont pas encore d’actualité. Plusieurs semaines d’attente au minimum. On se dit que c’est reparti pour un tour de galère. Hé bien non, pas cette fois.

Milieu de semaine, nous recevons un coup de fil bien inattendu : l’agence d’intérim à laquelle nous avons postulé a du travail pour nous. Stupéfaction. Puis joie. Puis désillusion : la préposée nous explique qu’il s’agit d’un boulot de désherbage de mauvaise herbes (« poisoning bad weed »). Nous tiquons un peu sur le « poisoning » et temporisons notre réponse. Après renseignements pris auprès de notre colocataire allemand (qui a déjà pas mal bossé dans le coin) et de Neils, nous apprenons que la plupart des agriculteurs du coin aiment abuser du Round up et d’autres produits du même acabit. Et que leur politique de sureté est un peu légère face à ces agents chimiques…

Nous voilà face à petit un dilemme. Faut-il souiller notre santé -et nos âmes d’écologistes- pour du pognon, ou faut-il attendre un peu plus pour un autre boulot, quitte à se mettre dans la galère ?

Le brainstorming est assez rapide. Refuser la première offre d’une agence d’intérim n’est jamais bon, manger des noodles pendant des semaines n’est jamais bon et rester bloqués à ne rien faire au milieu de la cambrousse, entourés de champs pas encore cultivables, n’est pas spécialement bon non plus. C’est parti, souillons nous, souillons nos âmes.

Au pire, on se dit que l’on peut accepter le boulot, puis demander pour un autre dans les jours suivants. Et puis, cette agence d’intérim fait les choses bien : il y a un service de navette qui le matin vous amène à la ferme et le soir vous dépose chez vous. Certes c’est payant (et assez cher, quasi une heure de boulot par jour y passe) mais c’est mieux que de ne pas bosser du tout parce que l’on n’est pas motorisé.

Nous quittons ainsi le backpack-complexe-hôtelier-haut-lieu-de-glandouille-paradisiaque, pour nous rapprocher de l’agence d’intérim située en ville, où a lieu le ramassage de la navette le matin. Nous devons donc nous installer au caravan park proche du centre de ville de Mareeba…

C’est un peu un retour en arrière pour Jon et moi, une redescente des échelons sociaux. Vivre de nouveau tente, dormir à même le sol, ne pas avoir de place pour ses affaires, subir les aléas du temps… Un mode de vie que nous avons quitté depuis un moment, et que nous ne sommes pas vraiment en joie de retrouver.

A l’entrée du caravan park, nous rencontrons le propriétaire, un type en marcel, short et chapeau de cow-boy, court sur pattes et massif, avec un cou aussi large que ma cuisse et un visage renfrogné marqué par des années de boxe qui ne semble à première vue pas spécialement un joyeux drille.

A première vue seulement, car nous avons réalisé très vite que le proprio est un type incroyablement sympa avec les backpackers, toujours prêt à aider, pour leur permettre de s’installer correctement comme pour leur trouver du boulot. C’est grâce à lui que nous n’avons finalement pas subi cette période de camping, nous l’avons même appréciée.

En effet, une zone plutôt conséquente du camping est réservée aux backpackers. Là bas, libre à eux de s’installer comme ils le désirent. En arrivant, nous découvrons un énorme camp construit en rondins de bois, bâches, tendeurs et autres matériaux de récupération. Cette espèce de chapiteau abrite plusieurs tentes, des canapés, une table, une télé. Un autre camp, plus petit, fait de bric et de broc se trouve non loin et abrite aussi plusieurs canapés, des chaises, une table. Nous hallucinons un peu.

Nous installons nos tentes entre les deux constructions, un peu en retrait, et commençons à sympathiser avec les nombreux backpackers présents. Cela fait pas mal de monde d’un coup, pour nous qui avons passé les dernières semaines en petit comité, mais le goon est un bon lubrifiant social. Beaucoup de prénoms, d’histoires, de liens, difficile de tout retenir. La soirée finit assez tardivement et en entendant certains dire « allez zou demain on bosse », je réalise que nous aussi demain, on bosse. C’est reparti, nous sommes de nouveau dans le « working » du working holiday…

Le lendemain, nous nous réveillons tôt, vraiment trop tôt. Pour commencer le boulot à 7h30, il faut se pointer à 6h30 à l’agence, qui est à une demi-heure de marche du caravan park. Réveil, donc, dans les 5h du mat’ et des poussières… avec une pâteuse doublée d’une haleine à décoller du papier peint, un marteau piqueur pile entre les deux tempes et un bon mal de dos dû à la nuit en tente. Je me maudis et me promets de ne plus me mettre une cuite avant d’aller bosser, qui plus est lorsque c’est le 1er jour (finalement il s’est avéré que c’est devenu un rituel avec Jon, que nous avons tenté de répandre autours de nous… on ne se refait pas).

Nous arrivons donc au boulot et rencontrons notre boss. La quarantaine, grand, baraque, des mains d’ours, un bon ventre de buveur de bière et le sourire toujours au beau fixe, c’est le fermier typique australien. Il nous explique le boulot en deux coups de cuillère à pot.

– See all this bad weeds on the rows? Pull them’out, put them down, don’t wanna see them anymore!

Nous sommes sur une ferme de bananes qui vient seulement d’être mise en place. Les bananiers sont à peine plantés, ils ne dépassent pas les 50 cm. Les récentes pluies -et un soucis de désherbant à ce que nous avons pu comprendre- ont permis un véritable boom de mauvaise herbes en tout genre et une pousse de grains de maïs récalcitrants (le maïs étant l’ancien semis de cette ferme). Souvent très haut, quelque fois à hauteur d’épaule, tous ces indésirables cachent le soleil et étouffent les pauvres petits bananiers. Notre boulot consiste donc à avancer le long des rangs et à arracher ou casser à coup de pieds les mauvaises herbes et les pieds de maïs. Nous qui avons pensé manier des produits chimiques, hé bien non. Ce n’est qu’après notre passage qu’un coup de spray est donné. Plutôt rassurés par les risques du boulot, nous nous réjouissons d’avoir accepté ce job.

Car c’est vraiment un boulot en or : des horaires et une cadence de travail assez modérés, voire carrément relax pour l’Australie (7h30 par jour, des pauses toutes les 2h30 de boulot, week-end à partir du vendredi après midi), un travail physique mais pas éreintant et un patron très sympa. Quand les matinées sont un peu pénibles, il nous fait repasser sur des lignes déjà faites quasi exemptes de mauvaises herbes… En gros, certains après-midis, j’ai été payé à marcher dans des champs, musique dans les oreilles. Nos collègues de travail sont tous de jeunes australiens du coin, amicaux mais un peu ploucs. Tatouages ridicules, vêtements de boulots « fashion », souvent à parler de beuverie et de culbutage de filles, légèrement branleurs sur les bords. C’est un peu grâce à eux que nous sommes restés dans cette ferme 4 semaines, au lieu des 2 prévues par l’agence, car le boss nous a trouvé sérieux et motivés. Evidemment, quand on est habitué à des travailleurs qui ne se pointent pas au boulot 1 jour sur 3 parce qu’ils ont trop bu la veille, qui vont vomir dans les fourrés ou qui travaillent au ralenti à cause de leur gueule de bois, bah, voir des gens motivés et ponctuels, cela donne envie de les garder.

Pendant cette période, au caravan park, nous nous lions d’amitié avec nos voisins. Quand le plus petit camp change de place et se rapproche de nos tentes, nous aidons à son déménagement. Puis, suite à des pluies torrentielles (nous sommes sous les tropiques, ne l’oublions pas), quand ce camp est détruit, nous aidons à sa reconstruction.

Même si nous avons l’air d’une bande de clodos vivant dans une favela, nous profitons d’un confort assez incroyable grâce à pas mal de récupération et au propriétaire du camping, toujours prêt à fournir du matériel. Matelas en mousse à mettre sous la tente, canapés, étagères, électricité… Au fil des changements du camp – sans cesse en modification grâce à Nico, un hyper actif de la bricole, toujours motivé pour améliorer le moindre détail  -, cet amas de bâches est devenu un véritable salon, un lieu de vie incroyablement agréable.

Tous les soirs, nous nous y retrouvons après le boulot et partageons de sacrés bon moments autours d’un verre -ou deux- de goon. Les week-ends, nous y glandons et faisons la chouille ensemble. Ce campement est comme une gigantesque colocation à ciel ouvert. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir fait partie d’une petite famille avec ses petits rituels, son entraide et d’être, d’une manière ou d’une autre, lié à tous les gens que j’ai rencontré là bas et avec lesquels j’ai vécu. Certains n’ont été là que quelques jours ou semaines, d’autres y ont passé à peu près le même temps que nous et quelques irréductibles y sont encore aujourd’hui…

Après presqu’un mois pendant lequel une petite routine pas désagréable s’est installée, Jon et moi réalisons que notre boulot ne nous rapporte finalement pas assez. Seulement 38 heures par semaine, cela ne permet pas de mettre énormément d’argent de côté. Notre plan initial, trouver un lift pour descendre la côte Est jusqu’à Melbourne pour aller ensuite en Tasmanie, est un peu amoché. Il va falloir travailler un peu plus longtemps afin d’avoir assurément assez d’argent pour faire la Tasmanie proprement en Janvier, surtout que Max doit être de la partie.

Notre boss ne peut rien faire pour nous, sa compagnie limitant le travail des employés à ces fameuses 38 heures par semaines. Il nous dit cependant que nous pouvons rester travailler avec lui jusqu’à ce que nous trouvions un autre boulot, mieux payé ou permettant de faire plus d’heure. Je souhaite un patron comme celui-là à tout le monde.

L’agence d’intérim nous trouve quasi instantanément un nouveau boulot. Nous quittons ainsi les bananes pour revenir… aux mangues ! Second round face à ces fruits de l’enfer. Nous travaillons avec un couple de petits vieux, immigrés d’Italie dans les années 70. Mareeba a effectivement vu une forte immigration italienne pendant cette période, venue travailler la terre et faire pousser du tabac. On peut encore voir les vestiges de cette production (comme les hangars pour le séchage) dans toutes les anciennes fermes, reconverties depuis dans les fruits exotiques après un changement de législation sur la culture du tabac.

Nos « nouveaux » patrons ont dans les 80 ans, ils sont courbés en deux par le poids des années mais ils abattent le travail au même rythme que nous. Elle porte une vieille robe aux motifs fleuris surannés et un foulard sur la tête, lui une salopette en jean limée jusqu’à la corde et un béret. C’est le genre de couple que l’on pense voir seulement dans les villages les plus reculés d’Italie, survivants d’un autre temps, d’un siècle désormais révolu.

Ils récoltent leurs mangues pour la production de jus, donc pas besoin d’être méticuleux avec les fruits, on fait tout tomber de l’arbre et on récupère au sol. A 11 heures de boulot par jour, nous nous disons que c’est jackpot. En fin de semaine, le petit vieux se ramène et nous explique qu’il paye 150 $ par jour (soit même pas 14 $ de l’heure, le minimum sur Mareeba étant 17 voire 18). Finalement, cela ne sera pas jackpot… Nous prenons le chèque de la semaine et ne reviendrons pas dans cette ferme. Sortis d’un autre temps, ces deux petits vieux ont également bloqué leurs paies sur le siècle passé…

Ce n’est pas plus mal d’avoir arrêté ce boulot, car pendant le week-end, j’ai eu droit à un magnifique mangoe rash, la fameuse allergie dont je parlais quelques mois auparavant. Les bras, le torse, le cou et le visage complètement boursouflés, j’ai passé les 2 ou 3 jours suivants en sosie d’Elephant Man. C’est assez vicieux, cela démange incroyablement et pas grand-chose n’est capable de calmer l’irritation. Il faut prendre sur soi et éviter de gratter sous peine d’empirer la situation. Malgré tout, à grand renfort de crème, de patience et de « locale », l’allergie a relativement vite disparu. Alors que le premier round contre les mangues a fini sur un statu quo, je crois bien que j’ai perdu le second par K.O. …

Quelques jours plus tard, à l’agence d’intérim, on comprend parfaitement la situation et l’on nous trouve encore très rapidement un autre boulot. Petite mission de deux jours dans les citrons verts, pour enchainer avec une mission de 2 semaines, toujours dans les citrons verts. Cette fois, il faut quitter le camping, la ferme disposant d’un hébergement. Nous ne sommes pas trop tristes, nous savons bien que nous allons revenir sous peu. Et puis ce n’est pas si mal d’être un peu coupé du monde, cela permettra d’éviter de trop dépenser.

Nous avons enchainé les deux semaines sans jour de congé, le travail a été intensif. J’ai eu le droit à une nouvelle allergie (le lemon rash, provoquant des espèces de cloques sur les bras), mais rien de grave quand on a connu les mangues. Pas mal d’autre backpackers travaillent également dans cette ferme, l’ambiance a été bonne. La paye a bien suivi et nous sommes revenus au caravan park pour la veille du jour de Noël. Un noël sous les tropiques, 35 degrés à l’ombre. C’est cela aussi l’Australie.

Au quotidien, je ne me suis pas vraiment rendu compte de la distance qu’il y a avec la France. La vie -quelque fois la survie- en tant que backpack accapare pas mal l’esprit : on pense au boulot, on en prend plein les yeux à découvrir de nouveaux lieux, d’incroyables paysages, on rencontre tous les jours de nouvelles personnes… Mais c’est à ces moments clés de l’année que l’on réalise avec un peu de nostalgie que l’on est loin de sa famille et de ses amis. Voyager, quoiqu’on en dise, c’est être loin.

Mais au caravan park, personne ne s’est laissé abattre. Un énorme repas a été organisé, à la manière du banquet de fin d’un Astérix et Obélix. Tables disposées en U, costumes de pères Noël, cocktails, toasts, verrines, viandes, desserts… Tout a été vraiment réussi. Jon et moi n’avons eu qu’à mettre les pieds sous la table, après être préalablement passés au bottle shop pour faire péter du whisky décent. Nous avons même eu droit à du foie gras (introuvable en Australie) envoyé par les familles de certains. Une grande partie des backpackers du caravan park ont participé, le proprio est même passé. La soirée qui en a découlé a été mémorable. J’en profite ici pour remercier encore les organisateurs et les cuisiniers/cuisinières de ce Noël drôlement différent.

La semaine suivante a été moins joyeuse. Semaine de vacances pour tout le monde, nous aurions pu en profiter pour faire pas mal de choses tous ensemble. Malheureusement le temps n’a pas joué en notre faveur. Cela a été une semaine sous la pluie, qu’elle soit drue, violente ou bruineuse. Le camping s’est lentement transformé en petite marre de boue et après chaque averse assez conséquente il a fallu vérifier que les tentes et toutes les affaires soient toujours au sec. Lors des orages les plus virulents, j’ai même dû creuser une tranchée autours de ma tente pour éviter l’inondation. Heureusement, le camp principal a tenu le coup. Nous avons donc squatté les canapés pendant une semaine et avons occupé notre temps comme nous l’avons pu. C’est dans ces moments là que la trilogie du Seigneurs des Anneaux prend toute sa valeur…

La veille du jour l’an, nous ne savons toujours pas où nous allons le fêter à cause de cette foutue pluie. Le jour même, le ciel se dégage. La soirée prévue à Cap Tribulation dont tant de gens nous ont parlé est possiblement réalisable. Gros élan de motivation pour trouver des véhicules (une location au dernier moment, gros coup de bol) et nous voilà partis pour le Cap Trib’ !

Cap Tribulation est, comme son nom l’indique, un cap situé au Nord de Cairns. Son nom provient des premiers explorateurs qui ont longé la côte australienne et qui ont rencontré pas mal de soucis, manquant de peu de faire naufrage. Recouverte de forêt tropicale dense et de mangrove, la zone est quasiment sauvage à l’exception de rares hôtels ou de petits hameaux le long de la route. C’est dans le seul backpacker du coin que doit avoir lieu la soirée. Nous voilà donc en route, 3 voitures remplies de zygotos survoltés, pour aller fêter dignement le nouvel an.

Après presque deux heures de route, et la nuit tombée, nous arrivons à une rivière qu’il faut traverser à l’aide d’un bac. La route se fait ensuite de plus en plus étroite et sinueuse. Elle s’enfonce dans la jungle qui délimite totalement, implacablement ses bords. Un tunnel végétal impressionnant qui s’éclaircit parfois le temps d’une clairière ou de quelques maisons sur le bas côté. Pas difficile de trouver le backpacker où la soirée a lieu, c’est le seul endroit bondé de voitures et de gens.

La soirée a débuté dans le backpacker même, puis elle a continué sur la plage où un mur de son a été posé. Pour rejoindre la dite plage, il faut suivre un petit chemin dans la mangrove. En pleine nuit, à l’aide de la torche du portable et à moitié cuit, la sensation est grisante.

Ce jour de l’an restera une soirée inoubliable. Beaucoup de rires, de délires, d’événements mémorables. Nous avons squatté la plage jusqu’au lever du soleil. Ce n’est qu’à ce moment, lorsque le jour a commencé à poindre que nous réalisons où nous sommes. Au paradis. Ou sur l’ile de Lost. Ou de Seul au Monde. La plage de sable blanc, l’océan, les collines recouvertes de jungle, la mangrove, les nuages au travers desquels percent les rayons du soleil, tout est absolument magnifique. Nous ne découvrons véritablement Cap Tribulation qu’au petit matin. Cependant nous n’y restons pas des heures étant donné que nous ne sommes pas vraiment tous au top de notre forme. Le retour à Mareeba a été évidemment beaucoup moins glorieux que l’aller. Un grand merci à ceux et celle en état de conduire qui ont permis aux loques que nous avons été de rentrer au camp. Il a bien fallu 2 jours pour nous remettre. Deux jours au ralenti, la tête en vrac, remplie de souvenirs incroyables et de nausées fiévreuses.

La semaine suivante, alors qu’il s’agit d’une semaine au ralenti dans les fermes, l’agence d’intérim nous trouve une petite mission, encore dans les citrons verts. Je pense que notre premier patron a dû leur donner un retour ultra positif car cette agence nous a toujours trouvé du boulot en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Nous engrangeons donc encore un peu d’argent et préparons le départ. En effet, rendez vous est pris avec Max pour la Tasmanie mi janvier. Nous décidons donc de prendre l’avion directement pour Melbourne autour du 10 janvier, d’y passer quelques jours puis de prendre le ferry pour la Tasmanie.

Bien que teintés d’un peu de tristesse, les adieux ne sont pas déchirants. Je sais qu’un jour ou l’autre je reverrai tous les gens qui ont fait partie de « l’aventure Mareeba ». Une page se tourne encore. Nous revoilà les sacs sur le dos, ou plutôt dans le caddie, prêts à repartir. Melbourne, nous voici !

Pour rejoindre Cairns depuis Mareeba, le bus franchit la petite chaine montagneuse couverte de forêt tropicale. Derrière la vitre, musique dans les oreilles et souvenirs pleins la tête, je regarde défiler cette route sinueuse qui se faufile, serpente dans la végétation luxuriante. Je repense à l’appréhension que j’ai eue, sur cette même route, dans l’autre sens, deux mois auparavant. J’esquisse un sourire. Je me dis qu’il va falloir que je me mette à Facebook pour ne pas perdre contact avec les gens rencontrés pendant ces deux mois… je souris franchement.

Et voilà pour Mareeba :), le post photo arrive dans très peu de temps, suivi d’un petit post d’anniversaire pour le blog. A bientôt !

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2 commentaires pour Sweet Home, Mareeba !

  1. Seb Gastaud dit :

    Magnifique mon bon Laurent ! Ton écriture coule admirablement, telle une rivière alternant entre biefs langoureux et cascades tonitruantes, ce passage à Mareeba semble être le sommet de votre backpacking, un travail qui roule, dur et intense, et une tribu de joyeux lurons pour laisser son temps au temps. Ce récit est baigné d’émotion, félicitation.
    J’ai bien hâte de te revoir, pour une version parlée de votre voyage…

    • cdva dit :

      Merci pour ce commentaire !
      Quand on se reverra, j’espère que tu parleras plus que moi : tu as toi aussi un voyage dans ta besace, et je n’ai pas la moindre idée de ce que tu as fait ou vu !

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